CRÉER "L'INÉVITABLE..."

 

“Seuls ceux qui tentent l’absurde peuvent atteindre l’impossible” 

M.C. Escher 

J’ai passé les derniers mois de l’année 2016 à tenter de me rappeller…de mes propres pièces de piano, surtout certaines des plus anciennes que je n’avais pas jouées depuis des années. Pour certaines, ça allait à peu près, pour d’autres je ne me souvenais que du début. Je me suis rappellé que j’avais enregistré (1998?) une cassette de tous mes morceaux de l’époque et l’avais offerte à ma fille ainée Daphné pour son anniversaire. 

Heureusement, elle l’avait toujours, car c’était la seule copie! Je me suis promis de mieux archiver dorénavant. Comme je n’écris pas la musique en notation conventionelle, j’ai eu l’idée de simplement filmer mes mains en action. Daphné possède un rig conçu pour ses sessions photo qui demandent une image prise en plongée (genre recettes de cuisine). Idéal! 

Je me suis mis à pratiquer un maximum et enregistrer chaque pièce de multiples fois sur ma camera video “suspendue”. En me réécoutant, je notais plein de choses qui pouvaient être améliorées: éliminer des répétitions, ralentir le tempo, nuancer advantage (au lieu de fff tout le temps!), ajouter une variation ici et là, ajouter une petite impro au milieu, etc, etc. 

Au bout de quelques semaines , j’avais des prises acceptables (pour documentation) d’une douzaine de morceaux …et je jouais franchement mieux! En compilant tout ce que J’avais retrouvé, ainsi que des impros enregistrées dans la mémoire de mon piano électronique, de toutes nouvelles compos, et pourquoi pas des versions de chansons de RedShift, j’avais presque vingt pièces. C’est là que l’idée s’est précisée: faire un CD. Au moins pour moi, ma famille, mes amis. 

Prochaine étape: enregistrer la meilleure version possible de chaque morceau. Et là, la question se posait: pourquoi ne pas aller en studio et jouer sur un vrai bon piano acoustique? Humm: 20 morceaux, plusieurs prises de chacun pour faire du montage numérique, la pression de travailler dans un environnement où le compteur tourne en permanence… je me suis vite rendu compte que le coût d’une telle opération serait faramineux. Je travaillerais donc chez moi, à mon rythme, en enregistrant sur mon piano Roland en format MIDI (et non audio, pensez l’ équivalent numérique du rouleau de piano). J’ai donc passé la plupart de l’année 2017 à enregistrer de cette façon, à raison de 2 à 6 heures par jour. J’ai connu des hauts et des bas, des moments de découragement, mais aussi des instants excitants où je voyais le mirage de la réalisation finale se transformer en réalité. 

Étape suivante: choix des meilleures versions et transfert des fichiers MIDI sur ordinateur. La beauté de cette approche, c’est qu’on peut choisir des versions enregistrées avec fougue, abandon, en prenant des risques…lesquels entrainent inévitablement de petites (!) erreurs (notes accrochées, notes trop appuyées ou précipitées, etc). En quelques clics dans un logiciel MIDI, ces notes peuvent être corrigées (en hauteur, en volume) ou déplacées dans le temps sans altérer quoi que ce soit d’autre. De plus, le fichier MIDI lui-même est un archivage idéal, facile à transformer en partition. A moins d’être un virtuose, ce que je ne suis évidemment pas, enregistrer en studio professionnel (à $75 l’heure et plus, en supposant que j’aie eu les moyens) m’aurait inévitablement amené à jouer safe, à ne pas prendre trop de risques, donc au final à livrer une version correcte mais probablement décevante sur le plan de l’émotion. 

Une fois les versions choisies et corrigées, ce fut l’enregistrement audio proprement dit. Ceci était d’une simplicité déconcertante: faire jouer les fichiers MIDI définitifs sur mon piano numérique et enregistrer l’audio en stéréo sur deux pistes de ma console numérique (une bonne vieille Korg de 2002), de même que deux pistes de son traitées sur une Eventide H9 pour ajouter un peu de réverberation ou d’écho selon les pièces. Finalement, j’ai appliqué des égalisations paramétriques pour polir le son et équilibrer les registres. Ensuite, mixage et mastering sur un CD préliminaire. Voilà pour la technique. Mais que raconte ce disque et son titre en clin d’oeil? Prochaine édition!

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